La figue, une mémoire corse
En Corse, la figue n'est pas un fruit comme les autres. Elle pousse là où on ne l'attend pas, au bord d'un chemin, contre un mur de pierre sèche, dans la cour d'une maison abandonnée depuis longtemps. Le figuier survit à tout : à la sécheresse, à l'oubli, au maquis qui referme tout autour de lui. Et chaque été, il offre ses fruits sans qu'on lui ait rien demandé.
Ici, on la mange fraîche, cueillie tiède de soleil, la peau qui se fend sous les doigts. On la sèche aussi, comme le faisaient les anciens pour passer l'hiver, enfilée en chapelets ou posée sur des claies au fond d'une grange.
La Festa di u Ficu, à Peri
C'est dans la plaine de Peri, en Corse-du-Sud, que ce fruit a sa fête. Chaque année à la mi-septembre, on se prête au jeu : comptoirs de producteurs installés à l'ombre, odeurs de confiture qui chauffe, plants de figuiers à emporter sous le bras avec les conseils du pépiniériste. Les enfants s'amusent autour des animaux, les curieux repartent avec un savoir qu'ils n'avaient pas en arrivant, sur les variétés, la greffe, la manière de tailler.
Il y a aussi un concours de confiture, sérieux celui-là, avec sa catégorie producteurs et sa catégorie amateurs — une exception parmi les foires labellisées de l'île. Et puis la musique, les tables qui se remplissent, les repas partagés jusque tard.
Née dans les années 90 autour de quelques passionnés du village, la Festa di u Ficu n'a jamais cherché à devenir autre chose que ce qu'elle est : une fête simple, tenue par ceux qui cultivent, qui transforment, qui gardent vivante une variété qu'on pourrait facilement laisser disparaître.



